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Revue littéraire : Je vous écris de Téhéran de Delphine MINOUI

Titre : Je vous écris de Téhéran

Autrice : Delphine MINOUI

Editions : Points (Editions du Seuil), Mars 2016

Dans une longue lettre posthume destinée à son grand-père, Delphine Minoui nous retrace douze ans de sa vie, de son arrivée en Iran en 1997 à son départ précipité du pays en 2009. Ce qui commença comme une quête personnelle, familiale et identitaire finit par décider du cours de sa vie ; en effet, ce voyage en Iran, devenu séjour prolongé puis quasi définitif, fut décisif autant pour la voix que pris sa carrière que pour sa vie privée.

On assiste au fil des pages à des amitiés qui se forment, à la naissance d’un amour, aux différents aspects de la vie iranienne et plus particulièrement téhéranaise, ainsi qu’à deux grands bouleversements qu’a connu le pays (1999 et 2009), que l’autrice a pu suivre aux premières loges. Il s’agit d’un texte fait de beaucoup de répétitions. Répétitions des événements (les manifestations contre le pouvoir), répétitions entre la vie de Minoui et celle de son grand-père, répétitions des mots, des situations, entre le passé et le présent, entre les lieux, entre les différents personnages. Un portrait d’une époque, d’une société et d’une génération se tisse progressivement.

Ecrit sur le « tard » (entre 2007 et 2014/2016), l’autrice disposait d’un recul sur les événements qu’elle relate, et qui se ressent à plusieurs moments. Ainsi, des anecdotes des années 1990 prennent toutes leur puissance en étant mises en relation avec des faits survenus dix ans plus tard. De quoi enrichir un récit qui se veut chronologique. Dans cette même dynamique de vas-et-viens entre les époques, à dessein analytique, l’autrice utilise souvent des souvenirs pour repenser à son grand-père, à comment il aurait réagi dans une même situation, à ce qu’il aurait pensé d’une autre, à ce qu’il a bien pu vivre de similaire.

Comparé à d’autres ouvrages de franco-iranien·ne·s (voir par exemple Eclats de Vie), le récit n’est pas très nostalgique puisqu’il s’inscrit beaucoup dans le présent. La plus grande nostalgie que l’on peut y déceler est celle qui est relative au grand-père de l’héroïne. Du reste, tout semble tourné vers l’avenir. Et pourtant, c’est bel et bien dans une démarche de renouer avec le passé que l’autrice s’engage dans ce pèlerinage sur la terre de ses ancêtres. L’on pourrait donc l’interpréter comme une manière optimiste d’appréhender la nostalgie.

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