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Revue littéraire : Marx et la Poupée de Maryam MADJIDI

Titre : Marx et la Poupée

Autrice : Maryam MADJIDI

Editions : Editions J’ai Lu, 2017

Marx et la Poupée est le premier roman de Maryam Madjidi. Il a remporté le prix Goncourt du premier roman 2017 ainsi que le prix du roman 2017 Ouest-France Étonnants Voyageurs.

Livre autobiographique, Madjidi y raconte pêle-mêle ses souvenirs, de l’enfance à l’âge adulte, la transition de l’Iran à la France, sa nostalgie, ses conflits intérieurs et les rêves brisés d’une génération. Le début est assez déroutant : dès les premières pages, une haine et une rage intense semblent se déverser à l’encontre de ses parents et en particulier de sa mère. L’on croirait assister à un règlement de comptes personnel et familial. Pour peu qu’on puisse se permettre cette comparaison, les premières scènes ne sont pas sans rappeler les débuts de carrière du rappeur Eminem qui chantait « I said I’m sorry mama, I never meant to hurt you » tout en se filmant en train de creuser le tombeau de sa propre mère. Il faut tenir bon et ne pas lâcher la lecture, car la suite réserve de tendres surprises, des réconciliations, de la rage toujours, oui, mais de la rage qui se projette de la mère à la société.

L’écriture de Madjidi est assez particulière : les souvenirs sont ponctués de contes, parfois on ne sait plus trop si les contes sont des souvenirs ou si les souvenirs sont des contes. Le récit, non-chronologique, se dévoile à la manière de la mémoire : des images apparaissent, partent, reviennent, se précisent, des événements évoqués sans explications sont narrés plusieurs pages plus loin, de sorte à ce que progressivement, les pièces de puzzle se rassemblent. Les histoires rapportées et les citations sont rarement entre guillemets. Ainsi, quand un personnage raconte son histoire, il la raconte à la première personne directement à la suite du témoignage de la narratrice, comme s’il s’agissait d’une seule et même histoire. Même pour parler de sa propre histoire, Madjidi alterne la troisième et la première personne du singulier. Lorsqu’elle parle à la 3ème personne de son enfance, on peut s’imaginer que c’est l’adulte qui raconte l’enfant et y portant un regard extérieur. Lorsqu’elle utilise la première personne pour évoquer son enfance, c’est sans doute l’enfant qui parle directement. En avançant dans la lecture, on réalise que les mots de haine à l’encontre de la mère sont sans doute ceux de l’enfant.

L’écriture comme un jeu. C’est ainsi que l’on pourrait résumer cet ouvrage. Une voix désordonnée. Très imagée. La voix de quelqu’un qui commence à parler et ne s’arrête plus. Se perd souvent. Se retrouve, parfois.  Lutte contre l’oubli, toujours.

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